Le pôle des performativités à la Villa Dionysos en partenariat avec Atelier Essenza et Domus Artist Residency

Issu de projets menés dans le cadre du collège des Imaginaires de Périféeries 2028, le pôle des performativités est un projet international lié à la question de la performance aussi bien en art contemporain que dans le sport. Le pôle des performativités est accueilli à la Villa Dionysos, lieu dédié à la recherche-création porté par Périféeries 2028, et un des lieux pépites de la candidature. 

Il s’agit d’un projet inclusif, transdisciplinaire, écoféministe, intersectionnel et anti validiste autour du corps et ses capacités à s’adapter dans l’espace. Ce projet, proposé par l’artiste performeuse et anthropologue Romina De Novellis s’inscrit dans la continuité de ses travaux artistiques et théoriques sur les corps minorisés, mais aussi les Sud aux pluriels. En partant du regard minorisant que nos sociétés occidentales portent sur tous corps différents, Romina De Novellis a proposé à la Villa Dionysos de fonder son projet au sein du lieu. L'équipe de Périféeries 2028 – Capitale européenne de la culture est heureuse d’accueillir le pôle des performativités dans notre ville.

Saint-Denis, anciennement perçue comme métaphore de tous les corps périphériques et minorisés, aspire à raconter autrement son histoire. La tenue des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 sur notre territoire accompagne cette transformation. Notre ville, habitée par de nombreuses communautés de cultures africaines, nord-africaines, et bien d’autres, est souvent perçue comme un espace marginal de la capitale française. C’est donc avec l’idée de redonner corps et fierté à nos habitant·es, à nos cultures présentes sur notre ville, à nos adolescent·es et aussi à nos jeunes sportifs, sportives et artistes que nous souhaitons accueillir ce projet au centre de notre prochain lieu dédié aux arts : la Villa Dionysos, en plein cœur de la ville de Saint-Denis. Ce lieu pluridisciplinaire, dirigé par l’artiste Lamyne M., a inscrit dès son origine la performance dans les axes forts de sa programmation, dans des actions conçues en son sein, comme hors les murs. Un festival international autour de la performance, conçu par le performeur Lamyne M. en collaboration avec la chercheure Julie Peghini et en collaboration avec la Cité internationale des Arts, est prévu chaque année, dès 2024 au sein de la Villa Dionysos. Un programme de résidence d’artistes performeur·euses accompagnera toute l’année ce temps plus court du festival. Aussi des croisements artistiques et citoyens pourront aisément avoir lieu entre le pôle des performativités et la Villa Dionysos autour de la performance artistique et des questions de performativités. 

Le sport, symbole de force, de résistance et parfois incarnation de l’humain, nous permet d’aborder la question de la performance et de la performativité et revoir les points critiques de la notion de « sport ». La rencontre entre des jeunes artistes, de jeunes sportifs et sportives et des jeunes en situation de handicap nous permet de faire le lien avec les valeurs et la philosophie des Jeux Olympiques et Paralympiques : le respect de l’autre, l’amitié, mais aussi la détermination, l’égalité, l’inspiration et le courage. Ces mêmes valeurs sont aussi bien partagées par les parcours artistiques que sportifs. Ces valeurs qui créent les liens avec les jeunes en situation de handicap dont les vies quotidiennes ne sont pas moins créatives ou sportives, aussi bien pour avancer que pour s’affirmer dans la société. Le sport devient alors le lien entre la performance et l’inclusion. L’art devient la liberté d’esprit et de corps ainsi que l’accueil de toute différence. Le handicap devient le symbole de la résistance et de l’audace.

Ce projet rassemble des associations sportives, artistiques et consacrées au handicap du département de la Seine-Saint-Denis. La notion du corps passe aussi bien à travers les pratiques artistiques que celles du sport et la condition propre au handicap.

Notre demande de financement au ministère de la Culture concerne alors le lancement de ce pôle des performativités qui se veut un rendez-vous régulier durant les prochaines années. Chaque année nous inviterons un·e artiste différent·e à intervenir au sein d’une communauté locale. Nous souhaitons démarrer cette première édition du pôle des performativités sur une dizaine de jours au mois de juin 2023, avec une ultime étape en septembre. C’est pour ces deux temps forts que nous souhaitons demander un financement au ministère. Aussi, cela nous semble important de soutenir un projet s’adressant au handicap et aux Jeux Olympiques et Paralympiques à travers le soutien du ministère de la culture. Nous sommes ravi·es d’accueillir un projet si ambitieux autour du corps et des performativités, permettant à notre ville de devenir théâtre de la pluralité, de la diversité et de l’intégration de l’autre à travers les corps performants. Ce projet entend changer la vision du corps handicapé : le corps handicapé n’est plus perçu comme un corps stigmatisé, au contraire, il devient aussi performant que le corps artistique ou le corps sportif.

Le pôle des performativités s’adresse pour cette première édition inédite aux jeunes adolescent·es en situation de handicap et dialogue avec des jeunes sportifs et sportives en formation et des artistes en lien avec des associations de Saint-Denis. Notre pôle des performativités s’adresse également aux habitant·es de la ville, l'idée étant de mélanger aussi bien les participant·es au projet que les publics de la ville.

Le projet s’ouvre en juin 2023 par une dizaine de jours de travaux. Durant ces dix jours, il y aura deux journées d’études en ouverture et fermeture des travaux. Le premier et le dernier jour de nos activités, nous souhaitons inviter en présentiel ou en visio de nombreux chercheur·euses et artistes/chercheur·euses travaillant sur les questions du corps différents et corps minorisés. Nous souhaitons démarrer les travaux et clôturer cette première édition du pôle des performativités, en faisant d’abord un état des lieux de la question du handicap et du soin de la différence. Ensuite, le dernier jour, nous inviterons les chercheur·euses à réfléchir sur l’expérience réalisée avec les habitant·es. Pour cette partie, nous souhaitons collaborer avec notre partenaire italien, l’association Domus Artist Residency, avec lequel l’année dernière nous avons organisé dans les Pouilles des rencontres internationales autour du corps en performance. Cette partie des travaux sera aussi organisée par la philosophe Fabienne Brugère, l’historienne de l’art Paola Ugolini, l’anthropologue Julie Peghini et la philosophe Mara Montanaro, sous la direction artistique de Romina De Novellis.

Une série d’intervenant·es seront invité·es à contribuer théoriquement au projet, notamment :
Marta Ponsa (conservatrice du Jeu de Paume, Paris), Chiara Agardi (conservatrice Fondation Cartier, Paris), Huma Kabakci (directrice Fondation Kabakci, Instabul/Londres), Francesca Romana Recchia Luciani (Professeure Université Foggia, Italie), Will Iron (Responsable de la programmation culturelle Royal Academy Fine Arts, Londres), Florencia Chernajovsky (historienne de l’art et commissaire d’exposition, Buenos Aires), Charlotte Puiseux (psychologue, philosophe, femme et maman en condition de handicap), Guillaume Vallet (bodybuilder et chercheur), Sarah Fila-Bakabadio (ancienne danseuse et chercheure), Pascal Nicolas-Le Strat (Professeur en sciences de l’éducation) et d’autres, jusqu’à une quinzaine d’intervenant·es internationaux…

Pour que notre ville devienne un exemple d'intégration de la différence à travers l'art et le sport, exemple d'inclusion et de partage de ces valeurs, le projet pédagogique et somatique s’articule sur sept jours, comme les journées sportives des anciens Jeux Olympiques de la Grèce antique. Chaque jour est dédié à une compétition précise :

  • Course des chars : cette journée est dédiée aux questions de la tenue des corps, comment un corps se tient malgré le handicap et il évolue dans l'espace, dans la vie. Le char devient la métaphore de la gestion de soi, de gérer le stress, les émotions.
  • Course des chevaux : cette journée est dédiée au concept de l’effort. La compétition des animaux comme regard de l’humain minorisant sur la nature et les différences. Le plaisir de regarder la bête souffrir en même temps que les conditions d’exclusions des corps différents de la société.
  • Le pentathlon (lancer de disque, sauter en longueur, lancer de javelot, 200m de course et la lutte) : cette journée est dédiée au concept de repousser ses limites. Aller au-delà du handicap, cibler un horizon lointain, chercher à travers l’endurance et la résistance de poursuivre des objectifs concrets, dont le corps devient le sujet de ces actions.
  • La course : cette journée est dédiée à la notion d’avoir un objectif. Penser à travers son propre corps à parcourir (ou à courir) un chemin. Au long de ce chemin il faut éviter plein d’obstacles : le manque de confiance, la fatigue, le regard des autres.
  • Lutte : les trois dernières journées sont dédiées à des luttes différentes. Cette première journée est une lutte personnelle, celle de l’affirmation de soi. Il s’agit de lutter contre les peurs et les obstacles du handicap, mais aussi du manque de confiance face aux compétitions sportives ou à la réalisation d’une œuvre.
  • La boxe : cette autre journée de lutte représente une lutte contre les préjugés. Chasser la peur du regard des autres, la peur de la stigmatisation et de la mortification venant de l’extérieur.
  • Pancrace : il s’agissait d’une lutte sans règles, c’était la journée la plus violente des Jeux Olympiques de la Grèce antique. Aucune règle, aucune limite. Nous utiliserons cette image de la violence extrême comme forme de catharsis. Cette journée représente l’occupation de l’espace public. Un dernier atelier sera donc mené dans l’espace public de Saint-Denis. Il sera préparatoire pour la performance finale de restitution des ateliers.

Durant ces sept jours et entre les deux journées de travaux théoriques, l’artiste Romina De Novellis tiendra le premier pôle des performativités. Pour se faire, elle invite autour d’elle l’association Atelier Essenza de Paris travaillant déjà sur la notion du handicap et avec qui nous avons déjà travaillé en lien avec l’association Domus en Italie. Le public de ces journées d’ateliers artistiques, corporaux et somatiques, se compose de différent·es adolescent·es en formation artistique, en formation sportive et en situation de handicap. Le groupe sera hétérogène, mixte et inclusif. La Villa Dionysos accueillera alors différentes associations de Saint-Denis et de Seine-Saint-Denis, des collèges et lycées et des jeunes artistes et sportifs, sportives souhaitant participer au projet.

Chaque jour Romina De Novellis travaillera aux côté de thérapeutes de l’association Atelier Essenza, ainsi qu’un chercheur du programme des journées d’études (pour des questions organisationnelles, de langue francophone et basé à Paris) et du directeur artistique de la Villa Dionysos. La supervision de Fabienne Bugère, Paola Ugolini, Mara Montanaro et Julie Peghini, sera assurée durant toute la semaine. L’objectif de ces ateliers est à la fois de permettre aux participant·es de travailler leur corps dans l’espace et à la fois de prendre conscience de certaines questions théoriques.

Le volet artistique est à la base de ce projet. La rencontre avec des scientifiques et des artistes permettra aux participant·es de ce projet d'apprendre un des langages de l'art contemporain : la performance. Et cela leur permettra aussi de se confronter aux notions théoriques qui se cachent derrière la stigmatisation du handicap. C'est pourquoi il nous semble essentiel de faire intervenir des philosophes, des artistes et des chercheur·euses ainsi que des thérapeutes.

La deuxième partie de chaque journée sera dédiée à la création d’une œuvre participative dans l’espace public de la ville de Saint-Denis. Chaque après-midi, nous travaillerons avec le groupe de jeunes et d’adolescent·es afin de créer une œuvre participative sur ces questions du corps dans l’espace public. Cette expérience performative finale, comme une sorte de grand cortège, de procession dans l’espace public, mais aussi de manifestation, représente le résultat de la prise de conscience de nos propres corps. Il s’agit de rendre publique notre émancipation du stigmate, notre envie de se sentir libres dans nos différences et spécificités. L'action publique sera vue par tous·tes les passant·es et les habitant·es de la ville de Saint-Denis. Elle sera conduite sous la supervision de Lamyne M et d’un autre artiste performeur choisi par l’équipe de la Villa Dionysos.

À terme, il est important que le pôle des performativités travaille en collaboration étroite avec l’équipe de la Villa Dionysos pour intégrer ses travaux au sein du festival de la performance qui entend rayonner sur le territoire de Saint-Denis chaque mois de juin à partir de 2024. 

Cette première étape du projet sera filmée durant toute la période. Un film documentaire de ce premier événement du pôle des performativités sera présenté ensuite au mois de septembre durant la journée de clôture du projet. Durant l’été nous montrerons ces matériaux aussi dans le cadre de la résidence internationale Domus en Italie. Notre objectif est la diffusion à échelle internationale de ce projet. Promouvoir la différence et un projet inclusif qui représente aussi une solution à l’exclusion, grâce à la présence d’artistes, chercheur·euses et thérapeutes.

Nous souhaitons parallèlement créer un site Internet dédié et des réseaux sociaux. Nous souhaitons réaliser des interviews de chaque participant·e, diffusées sur Youtube. Toute la partie théorique du projet sera filmée sur Zoom et diffusée sur nos réseaux sociaux en direct. Nous souhaitons publier une plaquette contenant des textes, des récits, des interviews, des images. Cette plaquette sera mise à disposition des habitant·es de Saint-Denis à la mairie de Saint-Denis, à la Villa Dionysos, dans les locaux de Périféeries, à l’association Atelier Essenza à Paris et à l’association Domus en Italie.

 

Photo : La Villa Dionysos - Aiman Saad Ellaoui / Ville de Saint-Denis

 

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